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Le centaure a la clef r 1

 

Naissance d'une mémoire...          

Artiste par vocation mais technicien de formation et fondeur depuis toujours, éprouvant en tant que tel le besoin d'une prise directe avec la matière et le souci d'un contact avec le réel qui ne s'embarrasse ni de calculs, ni de concepts, j'ai puisé dans mon milieu professionnel un ensemble de petites pièces industrielles que j'ai personnellement étudiées et mises au point pour une fonderie de précision située en Belgique, dans la région du Centre.

Au-delà de toute considération artistique, mes assemblages sont donc, avant tout et presque essentiellement, purement autobiographiques. Agissant comme des mémoires et des traces, ils rappellent, au travers des éléments qui les constituent, ma vie de fondeur. Ils racontent cette vie, la prolongent, lui donnent une suite et un sens et à son tour, cette vie leur confère un style… 

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                                                                                                         ©jacquesdufrane                   

                                             

                                     

 

       

     

      

 

 

                                                                            

 

 

Galeries 

Galerie L’Orangeraie ( Saint Paul de Vence - France ) en 1996, 1997, 1998 et 1999.

Galerie Alfredo Longo ( Saint Symphorien - Belgique ) en 2000 et 2001.

Galerie Frédéric Collong ( Saint Paul de Vence - France ) en 2000 et  2001.

Galerie Internationnale ( Pont de Loup - Belgique ) en 2000, 2001, 2002 et 2003.

Galerie du Drapeau Blanc ( La Louvière - Belgique ) en 2004.

Galerie David Hocquet ( Charleroi - Belgique ) en 2004, 2005, 2009 et 2010.

Galerie Bonhomme ( Liège - Belgique ) en 2006, 2007, 2008 et 2009.

Galerie L’impression ( Dinant - Belgique ) en 2007.

Galerie Vincent Huot ( Bruxelles - Belgique ) en 2008 et 2009.

Galerie Pol Cavillot ( Bruxelles - Belgique ) en 2009.

Galerie Venta ( Liège - Belgique  ) en 2012.

Galerie Radeski ( Liège - Belgique ) en 2012 et 2013.

Expositions collectives.

Exposition ‘’ Art et industrie ‘’ Seneffe ( Belgique ) en1996.

Journées du patrimoine à Seneffe ( Belgique ) en 1997, 2000 et 2004.

Art dans la ville à Bruxelles ( Belgique ) en 1998.

Exposition ‘’ Sculptures d’objets, objets de sculptures ‘’ à  Bois du Luc ( Belgique ) en 2003.

Arts dans la rue à Biot ( France ) en 2003.

Salon des Arts Contemporains de Libramont ( Belgique ) de 1998 à 2013.

Salon Artief à Diest ( Belgique ) en 2004, 2005, 2007  et 2010.

GMAC Bastille ( Paris ) en 2001.

Salon du Luxembourg en 1999, 2000 et 2001.

Récup'Art à Ham-sur-Heure ( Belgique ) de 2003 à 2014.

Salon Linéart à Gand ( Belgique ) en 2000, 2001, 2002, 2003, 2007, 2008.

Salon Comparaisons à Paris en 2008.

Salon Art Metz de 2005 à 2010.

Salon Arts Atlantic à La Rochelle ( France ) en 2009.

Salon des antiquaires de Hasselt ( Belgique ) en 2010.

Exposition ‘’ Avec trois fois rien … ‘’ à Clermont ( Belgique ) en 2010.

Art et jazz dans ma cour à Hermonville ( France ) en 2010 et 2012.

Keunekapelle Koksijde ( Belgique ) en 2011.

Gmac Chatou ( France ) en 2012. 

Bol d'Art Mouscron en 2014.

Bol d'Art Coudekerque-Branche en 2014.

Musée de Comblain au Pont en 2014.

Distinctions.

Membre du jury de l’Ecole Supérieure des Arts Plastiques et Visuels de Mons en 1996.

Prix de la sculpture à la 6ème biennale des Arts Plastiques de La Louvière en 1998.

Premier prix de sculpture au 11ème salon international d’art contemporain de Libramont en 1998.

Grand Prix du Public à la 1ère  biennale ‘’ Art en Wallonie ‘’ à Namur  en 1999.

Second prix d’aquarelle au 13ème salon international d’art contemporain de Libramont en 2000.

Prix de la Direction Générale des Affaires Culturelles du Hainaut en 2000.

Premier prix de sculpture au 14ème salon international d’art contemporain de Libramont en 2001.

Troisième prix au concours Récup’Art de Ham-Sur-Heure en 2003.

Premier prix de sculpture au 16ème salon international d’art contemporain de Libramont en 2003.

Premier prix ( prix de la SABAM ) à la 10ème biennale du centre culturel de Manage en 2003.

Premier prix au concours Récup’Art de Ham-Sur-Heure en 2005.

Premier prix de sculpture au 18ème salon international d’art contemporain de Libramont en 2005.

Premier prix toutes techniques confondues à la 17ème biennale de Uccle ( Belgique ) en 2008.

Prix du public au concours Récup’Art de Ham-Sur-Heure en 2010.

Grand prix du public au 23ème salon international d’art contemporain de Libramont en 2010.

Second prix de sculpture au 24ème  salon international d'art contemporain de Libramont en 2011.

Invité d' honneur du Rotary de Charleroi ( Belgique ) pour le salon Récup’Art en 2012.

Invité d’honneur du Rotary de Soignies ( Belgique ) pour le salon Arts et Saveurs en 2013.

 

 

Autobiographie

Je suis né en avril 1947 dans un milieu ouvrier modeste, très éloigné du monde de l’art et défavorisé par les difficultés de l’après-guerre. C’est à Binche que j’ai vu le jour, au cœur de cette région que l’on nomme en Belgique, la région du Centre, une région naguères très riche sur le plan industriel mais aujourd’hui en déclin perpétuel, ce qui ne sera pas sans incidence sur ma démarche artistique ultérieure.

Particulièrement attiré par le dessin dès mon plus jeune âge, j’ai passé une bonne partie de mon enfance à reproduire des scènes de bandes dessinées et, notamment, celles que je trouvais dans les aventures de Michel Vaillant écrites par Jean Graton. Cette bande dessinée fut à la base d’une passion qui me vint alors pour le design automobile et me conduisit à réaliser des milliers de dessins de voitures qui, au grand dam de mes professeurs et de mes parents, finirent par envahir mes cahiers de cours. C’est d’abord à travers ces dessins que je crois avoir développé ma créativité ainsi que mon sens de l'esthétique. C’est aussi à travers eux que naîtra alors mon espoir de devenir, plus tard, designer à l’instar de Pininfarina. L'école me permit d'accéder à quelques livres d’art dans lesquels je découvris à la fin des années cinquante, Picasso. Un peu plus tard, grâce à la pénétration de la télévision dans les foyers et à une émission dominicale qui avait pour but la revue des galeries parisiennes, je découvris aussi Alberto Giacometti et, à sa suite, la sculpture moderne et contemporaine.  Ces deux artistes me marquèrent profondément et me donnèrent à la fois le goût de la peinture et de la sculpture. Ma découverte d’autres techniques et d’autres artistes ainsi que quelques cours de dessin esthétique dispensés en ce temps là à l’école primaire et jusque dans l’enseignement secondaire me poussèrent aussi à m'intéresser à l’Art sous toutes ses formes et sans exclusion. Parmi ces autres artistes, Edward Seago m’inspira beaucoup dans mes premiers paysages campagnards réalisés au crayon ou à l’aquarelle, paysages que j’agrémentais parfois d’animaux divers et de quelques troupeaux de vaches éparses. Un monde animalier que j’ai toujours apprécié et que l’on retrouvera bien plus tard dans mes petites peintures à l’acrylique et, presque exclusivement, à travers ma sculpture.

Cette passion pour le dessin artistique fut mise en sommeil à partir de 1968, à la fin de mes études de technicien, quand je fis mes premiers pas dans l’univers du travail et en particulier dans celui de la métallurgie qui était encore, avec la sidérurgie, l'industrie dominante en Belgique à la fin des années 60.

Après avoir exercé différents métiers mais toujours dans le domaine des fabrications métalliques ou de la sidérurgie, je suis entré en 1972, presque par hasard, au service d’une petite fonderie industrielle. C’est ainsi que j’ai découvert le procédé de la cire perdue, ses possibilités et son rôle dans la statuaire depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Ce fut immédiatement le coup de foudre. Associées à mes qualités naturelles de dessinateur et à un sens inné du volume, mes pérégrinations au sein de cette société pendant la première année que j’y travaillais me dotèrent d’une grande polyvalence dans ce qui allait devenir mon métier pendant 40 ans, métier que je n’ai finalement quitté que pour partir à la retraite en 2012, à l' âge de 65 ans.

Bien que je ne me sois jamais désintéressé de l’art en général et malgré une vocation artistique précoce, ce n'est qu'en 1991, à l'âge de 44 ans, que j’y suis revenu.

Les hasards de la vie et les brocantes sur lesquelles, à l’époque, j’aimais flâner le dimanche matin sont à l’origine de ce retour. Les brocantes m’apprirent à apprécier les objets particuliers, la plupart du temps patinés par le temps ainsi que les petits tableaux au charme désuet auxquels je suis resté sensible aujourd’hui encore malgré une attirance prononcée pour l’art moderne et contemporain. Ce sont ensuite à nouveau les hasards de la vie qui me poussèrent à passer de l’autre coté de la barrière et à devenir, occasionnellement puis de manière plus assidue, brocanteur. Comme souvent pour beaucoup d’artistes amateurs, les brocantes devinrent dès lors pour moi mon premier lieu d’exposition. J’y ai d’abord rencontré un succès d’estime, mes œuvres m’attirant la considération des autres brocanteurs et l’intérêt des chalands. C’est aussi là que je vendis, pour la première fois, un de mes dessins pour la modique somme de quinze euros… Cette vente, en apparence insignifiante, n’en constitua pas moins à mes yeux une véritable reconnaissance et elle m’encouragea à persévérer. Elle fut même déterminante car s’il n’y avait pas eu cette petite vente, il est probable que l’aventure en serait restée là. Après quelques natures mortes réalisées au crayon comme dans mon enfance, je revins alors à l’aquarelle en prenant pour modèle une œuvre de Tranquillo Crémona que j’ai copiée et reproduite en de très nombreux exemplaires. Sans détour, parce que je ne voulais tromper personne, je qualifiais moi même ces aquarelles de ''simulacres'' et je les numérotais pour mieux souligner encore la répétitivité du geste.

Paradoxalement, ce sont précisément ces œuvres sans originalité mais empreintes d'une très grande séduction qui m’attirèrent mon premier public. Elles me firent prendre conscience de mon talent et de mes possibilités dans ce domaine que je n’avais jamais vraiment pris au sérieux, si ce n’est dans cet espoir d’enfant de devenir designer. Je me rendis aussi compte par la même occasion qu’auprès du grand public, la qualité esthétique restait primordiale et qu’auprès d’un public non initié, elle prenait largement le pas sur tout et y compris sur les notions sacralisées de créativité, d'authenticité et d'originalité. Je me suis alors aussi interrogé sur moi-même et sur les raisons qui me ramenaient vers une activité artistique presque oubliée pendant plus de vingt ans mais qui prenait doucement le pas sur tout ce que j’avais aimé auparavant. Je voulu en savoir plus et j’entrepris  d’approfondir mes connaissances de l’histoire de l’Art et de ses implications philosophiques et sociologiques. A la recherche d’une réponse à mes divers questionnements, j’ai alors lu beaucoup d’ouvrages d’auteurs spécialisés en la matière et particulièrement les publications de Thierry de Duve. Pourtant, la réponse que je cherchais, c’est, de manière assez inattendue, à travers les écrits d'un artiste, Marcel Duchamps, que je l'ai  trouvée : ’’ L’Art est la seule forme d’activité par laquelle, l’ Homme, en tant que tel, s'affirme  en véritable individu, la seule forme d’activité grâce à laquelle il peut dépasser le stade animal par la découverte de régions où ne domine ni le temps, ni l’espace ’’. Cette phrase issue de la bouche de quelqu’un qui eut longtemps l’image d’un négateur de l’Art, me trotte aujourd’hui encore dans la tête. A ce jour et au-delà de toutes les théories, je n’ai jamais trouvé de meilleure réponse et de plus belle définition de l’Art. Je me suis toutefois bien gardé de faire mienne la démarche de ce père de l’art contemporain qui, en mettant le doigt sur l’arbitraire du digne, rejeta le seul savoir-faire au profit d’une démarche presque purement intellectuelle. Je ne voulais pas me limiter à une idée en tant que telle car, en tant que technicien, c’était dans la matérialisation de l'idée que je trouvais mon plaisir et que s'affirmait mon talent.

Très vite, lassé à la fois par les limites de l’aquarelle et la répétition de l’œuvre de Crémona,  je me suis alors tourné vers l’acrylique dans laquelle je retrouvais en grande partie les qualités de l’aquarelle et, avec elle, je suis revenu aux paysages campagnards agrémentés de quelques vaches tels que je les réalisais dans ma jeunesse. Ces paysages trouvèrent très vite leur amateurs sur les brocantes. Depuis quelques années, ils en trouvent maintenant un jusque dans les expositions collectives et les galeries.

Au fil du temps et après la naissance de mes mécano-mémoires, ces paysages se sont vidés de tout contenu  anecdotique pour ne plus laisser place qu’à deux plans de couleur uniformes sensés représenter le ciel et la terre avec, au cœur de ce paysage réduit à sa plus simple expression, non plus un troupeau de vaches éparses mais  une seule et unique vache symbolisant, au-delà d’une présence incongrue et apparemment humoristique, la solitude. C’est toujours la même vache, parfois accompagnée d’un arbre, que l’on retrouve dès lors dans ces paysages devenus, au fil du temps, très minimalistes.

Toutefois, les années passant, par mon métier de fondeur, j’étais devenu, avant tout, un homme de la troisième dimension et un spécialiste du volume.

Or, que ce soit sur le plan de la création ou de ma recherche de contact avec la matière ( ce qui a toujours été pour moi un besoin ), la peinture, à elle seule, ne me satisfaisait plus. On peut y donner l’illusion d’un relief ou d’un volume mais il ne s’agit toujours que d’une illusion, la toile restant imperturbablement plate et, cela, même si l’on pratique une peinture faite d’empâtements. J’ai alors envisagé de m’orienter également vers la sculpture puisque, en tant que dessinateur industriel, ma vision dans l’espace et un sens du volume propre à tout fondeur, me prédestinaient finalement et naturellement bien plus à la sculpture plutôt qu'à la peinture. Comme par ailleurs, la société dans laquelle j’exerçais ma profession de technicien était, à bien des égards, très propice à une telle activité, je décidai de faire mes premiers pas dans la sculpture. Avec l’autorisation de mes employeurs qui avaient heureusement une grande ouverture d’esprit, j’ai très vite réalisé  une première petite sculpture en utilisant les installations de l’usine dans laquelle, par ma fonction, je circulais à longueur de journée et dont je connaissais,  de ce fait,  les moindres détails. Ma première réalisation réalisée dans l’esprit de Giacometti ( ce qui eut surtout l’avantage de me permettre d’éviter la technique de la ronde bosse ) m’apporta beaucoup de satisfactions et elle suscita l’enthousiasme sur les brocantes bien que l'idée n'était pas originale. Je constatais ainsi une fois de plus que la séduction prenait le pas sur l’originalité. Fin 1995, j’en réalisais une seconde en bronze, un christ, d’inspiration très personnelle cette fois et que je nommais ’’Ecce Homo ‘’. A l’occasion d’une journée portes ouvertes organisée par mon employeur et intitulée ’’ Art et industrie ‘’, ce drenier me donna l’opportunité de présenter cette sculpture aux cotés des œuvres d’un artiste affirmé et reconnu en Belgique et à l’étranger : Léon Depas. Le succès rencontré avec ce christ et le plaisir de son élaboration  me déterminèrent à mettre au second plan la peinture pour la sculpture avec, à la clef, plusieurs distinctions dès 1998 et des expositions de plus en plus nombreuses jusqu’à ce jour. J’ai ensuite réalisé, toujours par le procédé de la cire perdue, une série d'oeuvres dont quelques sujets animaliers restaient encore trop sous l’emprise de Giacometti mais qui me permirent néanmoins  d’entrer dans une grande galerie : la galerie Serge Mendjski à Saint Paul de Vence où, de 1996 à 1999, mes œuvres furent exposées auprès des œuvres d’artistes modernes et contemporains de renommée internationale. Malgré ce succès inespéré, la volonté de plus en plus présente de me débarrasser de toute influence et l’exigence de sortir des sentiers battus, si pas par la forme, du moins par le sens, me donna l'idée de mettre tout simplement mon métier en scène et, avec lui, la petite société industrielle au service de laquelle je travaillais depuis vingt-cinq ans déjà pour la mise au point de pièces en acier destinées, entre autres, à l'aéronautique et à l'armement.

Dès le début des années 2000, j’ai donc abandonné progressivement le modelage et le bronze vers lesquels il m’arrive néanmoins de revenir très occasionnellement et je suis passé à la technique du fer soudé avec, comme matériau principal, ces pièces dont j’avais la charge dans mon activité professionnelle et que je trouvais parmi celles qui étaient écartées pour des défauts minimes mais totalement inacceptables en aéronautique. La soudure fut une réelle découverte pour moi et elle m’offrit des possibilités insoupçonnées : elle me libéra des contraintes et des limites de la fonderie en me donnant beaucoup plus d’autonomie et surtout, elle me permit d’utiliser un matériau peu couteux et abondant : les déchets métalliques issus de l’industrie et de la société de consommation.

Bien d’autres artistes étant passés par là avant moi, la démarche n’était pas neuve et j’étais bien conscient qu’elle prêterait le flanc à la critique et aux assimilations très fréquentes dans le monde de l’art. Malgré cela, je perçu très vite le champ d’action très vaste qu’elle m’offrait et les possibilités qui, malgré le passage de César, y restaient infinies, ne f^t-ce que sur le plan de la créativité. L’assemblage d’éléments métalliques par soudure devint donc, à dater de ce moment, ma technique de prédilection.

C'est ainsi que naquit, grâce à la technique de la soudure à l’arc et ma présence au sein d’une fonderie de précision, un vaste bestiaire et en particulier les ’’ Turbo trotteurs ’’ et autres ‘‘ Capteurs de silence ’’. C’est aussi alors que naquirent ce qui allait devenir pour moi un hymne à la métallurgie et à ma propre histoire de mécanicien, de technicien et de fondeur, les '' Mécano- mémoires'', sortes de tableaux emblématiques dans lesquelles j’insère, entre des toiles monochromes généralement noires, ces pièces à usages purement industriels que j’ai personnellement mises au point et avec lesquelles, j’ai vécu au quotidien pendant 40 ans.

Très vite, ces ’’Mécano-mémoires’’, emblématiques de ma démarche, devinrent ma carte de visite. Par la signification que je leur donnais et leurs qualités purement esthétiques, ils me valurent et me valent aujourd’hui encore l’estime d’un nombreux public et la considération du milieu artistique belge. Ces œuvres me valurent aussi l’intérêt de quelques galeristes et critiques d'art avertis qui surent en apprécier la démarche. Indépendamment de celle-ci, quelques industriels éclairés y virent la preuve absolue d’un amour du métier exemplaire et indéfectible, ce qui me valut de leur part un soutien total et précieux.

A contrario, au sein même de la société dans laquelle je travaillais, d'autres auraient voulu occulter cette démarche tout autant impensable à leur esprit qu'inquiétante à leurs yeux.

A travers mes mécanos, c’est pourtant ma vie et mon histoire de fondeur que je raconte, rendant ainsi, au passage, hommage à tous ceux qui ont partagé le même métier et écrivant ainsi, à ma manière, non seulement notre mémoire commune mais aussi celle de cette petite société industrielle dans laquelle j'aurai finalement passé une bonne partie de ma vie.

Etant devenu, au fil du temps, un amateur des cimetières de ferraille et étant toujours resté un grand amoureux de brocantes intéressé par les objets et les matériaux que l'on peut y chiner, j'ai aussi mis sur pied, parallèlement à mes sculptures et mes mécanos mémoires, une série de bas reliefs constitués de tôles en acier sur lesquelles j’ai assemblé des matériaux de récupération choisis en fonction de critères décoratifs et d'auto-expressivité qui m'ont conduit à une sorte d’expressionnisme abstrait et à une richesse architecturale d'une belle densité. 

Aujourd’hui, âgé et retraité, je poursuis cette aventure issue de ma jeunesse et, souvent avec trois fois rien, je continue à faire ce que j'ai toujours voulu faire, sans aucune prétention mais irréductiblement...

 

Mécano-mémoire

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 Artiste atypique, Jacques Dufrane vit avec passion un métier qu’il élève quotidiennement à la condition d'œuvre. Hors des thèmes traditionnels de l’art, cette oeuvre exerce une réelle puissance d'attraction, interpellant et séduisant tour à tour  celui qui, au-delà de son formalisme, en perçoit la finalité et la grandeur.

Technicien et fondeur, il crée  des objets inédits. Il les structure, il les sertit, il les met en espace. Il y a en lui une espèce d'orfèvre de l'objet utilitaire de précision lorsqu’il détourne et sacralise ces petites pièces métalliques dont il assume, depuis toujours, la mise au point pour une fonderie située en Belgique, dans la région du Centre. Par un agencement et une proposition à l’écart du fonctionnel, cette transmutation crée du sens : une mémoire, une fixation, une métamorphose, une légende, une sublimation…

Ces objets, qui n'ont finalement rien à voir avec le ready-made tant ils sont fignolés, pensés, reconvertis et même magnifiés, atteignent à une espèce d'étonnante autonomie, à une surprenante liberté. Ils acquièrent le prestige et la fascination de nouveaux hiéroglyphes ou de bas-reliefs énigmatiques, ils constituent les traces étranges d'un chiffonnement de la ligne du temps.

Indéniablement, ces oeuvres résultent, non seulement d'un savoir-faire technique affirmé et de l'exceptionnelle ingéniosité d'un artisan mais, aussi et avant tout, de l'imaginaire et du rêve, probablement un peu fou, d'un technicien de fonderie devenu artiste.

                                                                                                                                                          Denys-Louis Colaux 

                                                                                                                                                          Dinant, octobre 2007       

 

                                                                                         Jacques Dufrane et les ailes de Dédale.

 

Par son parcours, sa démarche et son œuvre, Jacques Dufrane m’a immédiatement fait penser à Dédale. A Dédale, dont le nom même, Daidalos en grec ancien, signifie artistement travaillé. A Dédale par ses qualités. L’Athénien est un inventeur, un sculpteur, un architecte. Il se rend célèbre par son aptitude à conjoindre le génie esthétique et l’ingéniosité technique. A ce Dédale qui crée des ailes pour que son fils et lui déjouent les pièges du labyrinthe. A ce Dédale qui vole cependant que son fils chute. A ce Dédale qui construit le labyrinthe et qui y échappe. A ce technicien qu’on a parfois hasardeusement donné pour l’origine d’une science sans conscience et qui pourrait bien être un poète masqué. Car l’ingénieux Dédale vole, le savant Dédale vole, Dédale le technicien vole.

Jacques Dufrane, lui, est un drôle d’oiseau. Un oiseau à trois plumes. Un oiseau rare…

C’est d’abord un fondeur. Lorsqu’il s’emploie à rendre liquide un corps solide, il est déjà impliqué dans une phase de métamorphose. C’est ensuite un technicien. Il met au point. Il fabrique.   Pourtant, lentement  mais sûrement, quelque chose va se produire et donner naissance à l’artiste. Mettant alors à profit la science du technicien, il va se muer en poète, il va donner des ailes à ses matériaux, transmuer la pesanteur en légèreté, fondre la matière en métaphore. Avec quelques pièces industrielles déclassées, il va inventer une volière à l’échelle de l’univers et, en son centre, y placer un oiseau. Un seul. Cet oiseau, ce sera lui…

Pour y arriver, il va douer la matière désaffectée de vol, lui inventer une âme et, avec cette âme, nous toucher au plus profond de nous même. Emporté et soutenu par la belle et folle élégance de son projet et de son rêve un peu fou, il va s’introniser metteur en scène et se transformer en inventeur d’équilibres inédits, en spécialiste des volumes, en maître des lignes, en esthète. A la chaleur des fours, un talent étrange et fascinant va éclore, une alchimie intime va s’opérer…    

Et, parce que telle est sa volonté, l’œuvre, qui déborde de loin le savoir-faire technique, constituera  la preuve irréductible d'une passion professionnelle exceptionnelle. Voilà sans doute pourquoi le regard qu’il porte sur ces objets qu’il a enfanté n'a-t-il jamais été neutre, passif ou stérile. Sans doute a-t-il toujours été éclairé par l'intuition qu’ils seraient, un jour, appelés à devenir plus que des objets : des sujets. Cette intuition a pris le temps de mûrir. Cet apprivoisement poétique, cette modification du regard et de la conception ont longtemps germés en lui. Voilà sans doute aussi pourquoi, dès l’instant de leur révélation, ils avaient d’emblée la patine de pièces de musée.  

Rien, malgré la singularité des détournements, ne semble hétéroclite dans ses compositions. Résultant de l’astucieux assemblage d’objets divers et de l’addition de leurs potentialités, ses sculptures racontent  - en le dilatant, en le déployant jusqu'aux exigences de la création, en le réinventant - le métier de fondeur,‘’son métier de fondeur’’ comme il le dit lui-même…

Le bond qui mène le technicien à l'artiste s'opère à partir de l'ingéniosité technique, à partir d'une précieuse maîtrise professionnelle patiemment et inlassablement acquise. C'est un ensemble de connaissances méticuleusement accumulées dans la pratique professionnelle qui sert de socle à l'impulsion créatrice comme si l'idée de la métamorphose des matériaux, l'idée fabuleuse de leur expansion poétique n'avait éclos qu'au terme de la pleine possession d'un métier exercé dans l’indifférence générale mais avec un infatigable enthousiasme.

Et, juste retour des choses, l'aventure artistique rend perpétuellement hommage à cet indéfectible engouement et au parcours professionnel. L'aventure constitue à la fois une extension inédite et une continuation du métier, une perpétuation du métier. En créant, non seulement, il exploite, en les pérennisant une fois de plus, des façons et des secrets séculaires dont il est le garant, mais aussi et surtout, il sacralise cette entente fascinée - et fascinante – qu’il entretient depuis longtemps avec la matière, un respect et une considération qu’il éprouve pour elle. En créant, il fixe définitivement une vocation et la propose à un nouvel essor. On décèle là comme une volonté d'habiter, d'animer, de donner sens et de sublimer une vie entière passée au contact intime de cette matière.

A ce titre, Jacques Dufrane est une espèce de luthier génial qui se découvre enfin un réel talent de compositeur et s'engage tout entier dans la composition, une composition dont il est enfin le seul maître. Il est aussi - car c’est quelqu’un qui inspire les images - cette espèce de fondeur de cloches qui, un jour, au-delà même de l’objet de bronze et de la volée de sons qu’il produira, parvient au travers de sa fonte à représenter l’impression de recueillement, d’appel, d’élévation, de course aérienne que les clochers lancent à l’assaut des villes et des campagnes.   

Par sa virtuosité, il étonne et se découvre lui-même. Le bonheur de cette découverte est perceptible et enivrant. Ce qu’il joue désormais brillamment aujourd’hui célèbre ce qu'il fabriquait hier. Mais, si l’aventure est devenue possible aujourd’hui, ce n’est qu'au prix de ces longues années de fabrication.

Et voilà peut-être sa légende : le savant faiseur se découvre des mains de virtuose. Ses mains aguerries, expertes, rôdées deviennent des mains légères, subtiles, fantaisistes, nouvelles. Des ailes éclosent dans leurs paumes. Et, au bout de la profession surgit, énorme, pleine, dynamique, inventive, la vocation.  

Alors, quand, avec deux tôles rouillées et quelques rebuts industriels, Jacques Dufrane crée un oiseau, ce n’est évidement plus l’oiseau ni le technicien qui m'enthousiasment mais  le cheminement de l’artiste pour y parvenir, son astucieuse intelligence à créer du fragile avec du solide, sa manière d'inverser les valeurs et toujours, sous une forme nouvelle et éminemment convaincante, sa capacité à sublimer et à magnifier la matière.

Comme l’écrit le poète surréaliste Malcolm de Chazal, chaque oiseau a  la couleur de son cri.

En inventant ainsi un prodigieux oiseau rouille, Jacques Dufrane ramène la nature dans la culture par le biais d'un recyclage industriel touché par la grâce poétique. Cette torsion du cycle, ce jeu dans le temps, cette transmutation paradoxale de la matière sont indéniablement quelques-uns des signes marquants de son talent très personnel.

Artiste, le voici maintenant sorti du labyrinthe industriel, de ce labyrinthe de la production technique qu’il a tant exploré. Il ne le renie pas et a pour lui le respect qu’un intellectuel aurait pour les bancs de l’école. Mais son art d’engendrer des oiseaux uniques, des oiseaux-symboles, sa façon de leur conférer légèreté, élégance et vraisemblance, la manière d’instiller en eux le projet, l’aventure et la grâce du vol,  voilà des prouesses qui n’appartiennent qu’à lui. 

Toutes choses, tous prodiges qui font que je distingue en lui un véritable poète du métal…

                                                                                                                                                                     Denys-Louis Colaux  

                                                                                                                                                            Poète, écrivain et critique d’art.

 

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